Selon les résultats d’une étude publiée dans Mycoses.
Les chercheurs ont mené une étude de cohorte basée sur la population en France entre novembre 2014 et décembre 2019 pour déterminer l’incidence des IFI et les facteurs de risque chez les patients recevant ibrutinib. Les patients éligibles (N = 6 937) comprenaient des adultes hospitalisés pour aspergillose, candidose, Pneumocystis jirovecii pneumonie, cryptococcose ou mucormycose. Le suivi des patients a commencé dès l’initiation de l’ibrutinib et s’est poursuivi jusqu’à l’arrêt, le diagnostic d’IFI ou la mortalité, selon la première éventualité. Les facteurs de risque indépendants pour les IFI ont été calculés à l’aide d’un modèle à risques proportionnels de Cox spécifique à la cause.
L’âge médian des patients était de 73 ans (IQR, 65-80), 63,6 % étaient des hommes, 2,6 % recevaient une ASCT et 8,6 % recevaient des anticorps monoclonaux anti-CD20. Les cancers sous-jacents les plus courants au sein de la population étaient la leucémie lymphoïde chronique (53,5 %) et le lymphome non hodgkinien (26 %), et les comorbidités les plus courantes comprenaient les maladies respiratoires chroniques (18,0 %) et le diabète (16,1 %).
Au total, 96 (1,4 %) patients ont développé des IFI (taux d’incidence [IR], 1,1 pour 100 années-personnes ; 95 %, 0,9-1,3) et 13 % ont développé une neutropénie sévère au cours d’une période de suivi médiane de 11,1 (IQR, 3,3-23,6) mois. Après le diagnostic d’IFI, environ la moitié (50,2 %) de la population a reçu P jirovecii une prophylaxie contre la pneumonie et 35,4 % ont reçu des corticostéroïdes systémiques.
À 6, 12 et 24 mois, l’incidence cumulée des IFI pour 100 années-personnes était de 1,0 % (IC à 95 %, 0,7-1,3), 1,3 % (IC à 95 %, 1,0-1,6) et 2,0 % (IC à 95 %, 1,6-2,5), respectivement.
Les IFI les plus fréquemment diagnostiquées étaient l’aspergillose (42,9 %), suivie par P jirovecii pneumonie (25,7 %), et candidose (17,1%). Les patients atteints d’IFI étaient majoritairement des hommes (69,8 %), diagnostiqués à un âge médian de 72 ans (IQR : 66-78) et avaient reçu un traitement par ibrutinib pendant une durée médiane de 131 (IQR : 46-372) jours.
Les facteurs de risque indépendants significativement associés à un risque accru d’IFI chez les patients recevant de l’ibrutinib étaient les suivants :
- Neutropénie sévère (risque relatif [HR], 7,97 ; IC à 95 %, 3,02-21,07 );
- Utilisation d’agents anti-CD20 (HR, 3,68 ; IC à 95 %, 1,82-7,45) ;
- ASCT préalable (HR, 3,59 ; IC à 95 %, 1,74-7,41) ;
- Utilisation de corticostéroïdes systémiques (HR, 3,46 ; IC à 95 %, 2,08-5,77),
- Traitement anticancéreux 6 mois avant le début de l’ibrutinib (HR : 2,12 ; IC à 95 % : 1,34-3,35) ; et
- Maladie respiratoire chronique (HR, 1,66, IC à 95 %, 1,03-2,67).
Un diagnostic de P jirovecii la pneumonie au cours du suivi était associée à une diminution du risque d’IFI (HR : 0,46 ; IC à 95 %, 0,28-0,78).
Les limites de l’étude incluent la non-observance potentielle du traitement et un diagnostic erroné d’IFI.
Selon les chercheurs, «[O]Nos résultats soutiennent une surveillance active de [invasive fungal infections] chez les personnes atteintes d’une maladie respiratoire chronique, préalablement traitées ou traitées avec des agents anti-CD20 en association avec l’ibrutinib.

