Fortement dépendante des importations de plastique en provenance d'Asie et du Moyen-Orient, l'industrie européenne est de plus en plus exposée aux perturbations provoquées par les tensions dans le golfe Persique. La récente forte hausse des prix du pétrole pourrait-elle contribuer à relancer les efforts visant à construire un écosystème plastique véritablement circulaire ?
Pour les industriels représentés par Plastics Europe, la situation apparaît sans équivoque. « Il est très préoccupant de constater qu’au moment même où l’Europe devrait accélérer la transition vers une économie circulaire, nous assistons à un ralentissement spectaculaire », prévient Rob Ingram, Rob Ingram, président de Plastics Europe et PDG d'Ineos Olefins & Polymers Europe. « À moins que cette tendance très néfaste ne soit inversée, l’Europe ne sera pas en mesure de réaliser ses ambitions climatiques », ajoute-t-il.
La transition au point mort
Le mardi 19 mai, l'organisation, qui compte parmi ses membres BASF, Borealis, ExxonMobil, Ineos, LyondellBasell, Sabic Europe et TotalEnergies, a publié un rapport sur ce qu'on appelle « l'économie circulaire des plastiques », qui englobe tous les plastiques recyclés (mécaniquement, chimiquement ou par des processus enzymatiques) ou obtenus à partir de ressources biosourcées.
Selon Plastics Europe, la production européenne totale (1) des « plastiques circulaires » ont atteint 8,7 millions de tonnes en 2024 — la dernière année pour laquelle des données sont disponibles — représentant 15,8 % de la production globale de plastiques. Bien qu’il s’agisse de la part la plus élevée au monde, elle reflète en grande partie la faiblesse de la production de plastiques d’origine fossile, qui « a diminué de 8,3 % entre 2022 et 2024, à 43,4 millions de tonnes », note l’organisation.
Les difficultés européennes sont en grande partie dues à la concurrence féroce du plastique vierge et recyclé à très faible coût produit en Asie.
Au niveau européen, le taux de recyclage du plastique s'élève à 29,6%selon Plastics Europe. Mais, en d’autres termes, cela signifie que « plus de 70 % des déchets plastiques collectés sont toujours dirigés vers l’incinération (16,0 Mt, soit 48,9 %) et la mise en décharge (7,0 Mt, soit 21,5 %) ».
Choc pétrolier
Le conflit actuel au Moyen-Orient a souligné « à quel point l'Europe est vulnérable aux chocs liés aux combustibles fossiles, et qu'une économie européenne circulaire et solide du plastique n'est pas un « bonus » mais un impératif non négociable », souligne Virginia Janssens, directrice générale de Plastics Europe.
Les plastiques traditionnels tels que le polyéthylène sont directement dérivés du pétrole, qui est raffiné en naphta puis transformé en éthylène. L'impact de la guerre actuelle est donc double : premièrement, les pays du Golfe sont généralement de grands exportateurs de polyéthylène ; Deuxièmement, les producteurs pétrochimiques asiatiques – parmi les plus grands au monde – sont confrontés à des difficultés pour garantir leurs approvisionnements en naphta.
La situation actuelle contraste donc fortement avec celle décrite dans le rapport Plastics Europe, où la surcapacité conduisait à des prix relativement bas. Pour l’industrie de transformation des matières plastiques, le choc a été sévère.
« L'augmentation a été très forte » Christophe Desbrosses, président de l'Association des Acteurs Economiques de la Plastics Valley (AEPV)en France, expliquait à l'AFP mi-avril. « Pour certains matériaux, les prix ont presque doublé. »
Néanmoins, les capacités de production existantes et la disponibilité d'alternatives offrent une certaine assurance quant au risque de pénurie, selon Jean-Pierre Masson, directeur général du cabinet de conseil Inverto France, filiale du Boston Consulting Group. Il souligne « l’augmentation des exportations de plastique » dans les données douanières américaines et note que les États-Unis, en tant que premier producteur mondial de pétrole, pourraient « se positionner comme une source alternative de plastiques vierges ».
Le recyclage peut-il en bénéficier ?
La situation actuelle semble donc plus favorable au secteur européen du recyclage. Un effet d’aubaine peut se produire, car « il est désormais moins cher d'acheter des matériaux recyclés que vierges »et « 2026 devrait être une année record pour le recyclage du plastique en Europe », affirme Jean-Yves Daclin, Directeur Général de Plastics Europe pour la France.
« Depuis avril, nous observons une hausse cyclique de la demande de plastiques recyclés », ainsi que « le retour de certains clients vers nos solutions après plusieurs mois de recours accru aux matières vierges », selon le géant français des services à l'environnement Veolia.
Pour autant, « cette situation ne doit pas occulter la crise structurelle à laquelle est confronté le secteur européen du recyclage », prévient l’entreprise. Pendant ce temps, Plastics Europe maintient que le les défis de compétitivité de la production européenne restent irrésolusnotamment en raison des coûts énergétiques élevés.
Fin 2025, l’Union européenne a dévoilé des propositions pour aider le secteur européen du recyclage du plastique, mais le plan a été perçu comme insuffisant par le secteur.

