Les députés ont ouvert la voie à une législation accordant aux fabricants plus de temps pour éliminer progressivement les produits cosmétiques contenant certaines substances dangereuses – mais avec des contraintes plus strictes que ce que les ONG avaient craint.
Les députés européens des commissions ENVI et IMCO du Parlement européen ont franchi une ligne fine, mercredi 15 avril, lors de leur examen de la soi-disant Omnibus VI proposition visant à « simplifier » l’environnement opérationnel des entreprises du secteur chimique de l’UE. Ils ont approuvé certaines concessions pour l'industrie cosmétique, mais moins que celles initialement proposées par la Commission européenne.
Le Parlement européen s'apprête à tenir une vote final en plénière sur le texte le 29 avril.
Délais prolongés et « clarifications »
Le texte révisé étend le délai accordé aux fabricants pour retirer les produits contenant des substances classées cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction (CMR) à environ deux ans et demi, contre un an et demi actuellement.
Une dérogation supplémentaire d'une durée maximale de cinq ans et demi peut être accordée pour les utilisations jugées sûres par les experts scientifiques. La Commission européenne avait initialement proposé des délais beaucoup plus longs.
Au centre du débat se trouvait une proposition de la Commission européenne visant à permettre aux cosmétiques de contourner certaines règles en autorisant les substances classées comme cancérigènes lorsqu'elles sont ingérées ou inhalées, à condition qu'elles soient utilisées exclusivement dans des applications topiques. Cependant, les députés européens – comme les États membres avant eux – ont fermement rejeté cette décision.
Selon le Fédération Française des Entreprises de la Beauté (FEBEA)Omnibus VI clarifie la législation applicable aux substances contenues dans les produits cosmétiques, notamment en supprimant les « exigences inappropriées » et en clarifiant le calendrier d'examen des dérogations et des retraits, avec des « délais fixés pour chaque étape » (dépôt de la demande, évaluation scientifique, décision des autorités).
Vers un « compromis équilibré » ?
Le vote des députés a mis fin à certains « changements néfastes » dans la réglementation européenne sur les cosmétiques, mais « des problèmes de santé demeurent », a réagi le Parlement européen. Alliance Santé et Environnement (HEAL)une fédération d'ONG européennes.
« Pourtant, le vote conserve des dispositions problématiques qui maintiendraient les personnes exposées à des produits chimiques nocifs connus plus longtemps que nécessaire », a prévenu l'organisation.
« Les substances nouvellement classées comme cancérigènes seraient automatiquement autorisées à rester dans les cosmétiques sur le marché de l'UE pendant un an au-delà de la limite actuelle d'un an et demi, même si les entreprises choisissent de ne pas défendre l'utilisation de la substance », a déclaré HEAL.
L'Alliance estime également que la définition d'alternatives à une substance nocive donne trop de poids aux considérations économiques.
Yoann Coulmont, chargé de plaidoyer à l'ONG française Générations Futuresa averti que les fabricants sont susceptibles « d’exploiter les demandes d’exemption simplement pour gagner du temps ».
Du côté de l'industrie, la FEBEA estime cependant que le « compromis est parfaitement équilibré ».
Les produits en question « ne présentent aucun risque pour les consommateurs, ils sont jugés sûrs », a précisé Brice Leclerc, directeur scientifique et réglementaire de la Fédération. Le délai supplémentaire accordé « est nécessaire par rapport à la réalité industrielle », a-t-il déclaré, soulignant que développer de nouvelles formules cosmétiques prend du temps.
« Omnibus VI démontre comment les décisions réglementaires en matière de sécurité cosmétique peuvent et doivent être fondées sur des preuves scientifiques solides et des processus transparents », a ajouté Alexander Mohr, PhD, président de l'International Fragrance Association (IFRA).
Débats sur les allégations de sécurité cosmétique
Le vote intervient après des mois de débats houleux. Les ONG ont accusé l'industrie d'essayer de ramener des substances nocives qui avaient déjà été interdites dans ses produits, tandis que les représentants de l'industrie ont répliqué, affirmant qu'ils étaient la cible de campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux.
Selon John Chave, directeur général de Cosmetics Europe« La proposition Omnibus VI n'assouplit aucune garantie. Mais elle aligne mieux la prise de décision réglementaire sur des preuves scientifiques solides, garantissant que les ingrédients qui doivent être interdits le sont tandis que ceux qui sont sûrs peuvent continuer à être utilisés. »
« La réglementation européenne sur les cosmétiques reste la plus sûre au monde. La proposition Omnibus VI ne transige pas sur la sécurité des produits cosmétiques, qui reste notre priorité absolue à chaque étape. Ce débat, comme tout débat scientifique, doit être mené avec sérieux et rigueur, en s'appuyant sur des faits, sans alimenter inutilement une confusion sur une question de santé publique », a ajouté Emmanuel Guichard, Délégué Général de la FEBEA.

